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PFAS : les nouvelles règles européennes valent un marché de 3,6 milliards d'euros — et l'Italie figure parmi les premiers acheteurs

Publié le 15 septembre 2026

L'Europe ne s'est pas contentée d'interdire les « polluants éternels » dans l'eau potable : elle a, de fait, créé un marché pour les éliminer. Depuis le 12 janvier 2026, les limites relatives aux PFAS fixées par la directive européenne sur l'eau potable sont contraignantes dans toute l'Union, et les premières estimations indépendantes commencent à en chiffrer les conséquences économiques. Selon Bluefield Research, la mise en conformité activera environ 3,6 milliards d'euros d'investissements dans le traitement de l'eau potable dans dix pays européens d'ici 2036. L'Allemagne, l'Italie, la France et l'Espagne devraient représenter à elles seules près des deux tiers de cette dépense. C'est l'une des illustrations les plus nettes d'un phénomène que nous suivons de longue date : la réglementation environnementale qui se mue en un marché d'approvisionnement défini, mesurable et finançable.

De la règle au marché : ce que la directive impose réellement

La directive européenne refondue sur l'eau potable a introduit, pour la première fois, des limites harmonisées sur les PFAS — ces substances per- et polyfluoroalkylées utilisées pendant des décennies dans les produits industriels et de consommation, connues pour leur extrême persistance dans l'environnement. Ces limites sont devenues applicables le 12 janvier 2026 ; depuis cette date, les services d'eau européens ont l'obligation de surveiller et, le cas échéant, d'éliminer ces composés de l'eau destinée à la consommation humaine. Le point essentiel, sur le plan économique, est que la conformité n'est pas facultative : partout où les prélèvements révèlent des concentrations supérieures aux seuils, l'exploitant doit investir dans des capacités de traitement. La règle dessine ainsi un périmètre de demande : des installations à moderniser, des technologies à déployer, des contrats de fourniture à conclure. Bluefield Research anticipe une accélération de la dépense annuelle surtout après 2026, reflet du délai naturel de trois à cinq ans entre planification, autorisation et mise en service. C'est la trajectoire classique des marchés créés par la réglementation : d'abord la cartographie du problème, puis l'ingénierie, enfin le capital.

Où va l'argent : 3,6 milliards répartis sur dix pays

L'estimation de Bluefield Research couvre dix pays européens et un horizon s'étendant jusqu'en 2036 : environ 3,6 milliards d'euros d'investissements consacrés au traitement des PFAS dans l'eau potable. La répartition géographique est concentrée : l'Allemagne, l'Italie, la France et l'Espagne absorbent environ deux tiers du total. Pour l'Italie, le chiffre revêt un poids particulier. Le pays connaît de près la contamination aux PFAS — le cas de la Vénétie est parmi les plus étudiés d'Europe — tandis que son secteur de l'eau traverse un cycle d'investissement sans précédent, soutenu par la régulation tarifaire et par les plans industriels des multi-utilités cotées. Dans ce contexte, la dépense de mise en conformité PFAS n'est pas un poste isolé : elle s'ajoute aux travaux déjà programmés sur les réseaux, l'assainissement et la digitalisation, et entre en concurrence pour les mêmes ressources d'ingénierie et de financement. Pour les observateurs du secteur, l'estimation de Bluefield offre un périmètre concret : non pas un « problème environnemental » générique, mais un marché doté d'une taille, d'une géographie et d'un calendrier.

Le gagnant discret : la filière du charbon actif

Derrière chaque gros titre sur les PFAS se trouve un bénéficiaire peu médiatisé : le matériau qui effectue concrètement l'élimination. Selon les estimations rapportées par Bluefield, environ 80 % des dépenses de la première phase de mise en conformité devraient être consacrées au charbon actif en grains (CAG), la technologie d'adsorption aujourd'hui la plus éprouvée pour le traitement des PFAS. Les conséquences se lisent déjà dans les chiffres de la filière : un rapport de recherche publié le 11 septembre 2026 projette que le marché européen du charbon actif passera d'environ 1,06 milliard de dollars en 2025 à près de 1,45 milliard d'ici 2031, soit un taux de croissance annuel moyen d'environ 5,4 %. Les moteurs cités sont les échéances de conformité PFAS, la nouvelle directive sur les émissions industrielles et les cycles de remplacement des filtres chez les exploitants. Un aspect mérite une attention particulière : la nature des contrats. La demande réglementaire pousse les services d'eau vers des accords de fourniture pluriannuels et des services de réactivation du charbon usagé, transformant un consommable en un flux de revenus récurrent. L'opportunité de l'eau, autrement dit, ne se résume pas aux canalisations et aux usines : elle englobe des matériaux, des médias filtrants et des services dotés de leur propre courbe de demande.

La position de l'Italie : parmi les premiers acheteurs, avec une filière à construire

Que l'Italie figure parmi les quatre premiers pays en dépense attendue ne surprendra pas les connaisseurs du secteur : la combinaison de contaminations historiques documentées, d'un parc d'installations vieillissant et d'un cadre tarifaire qui rémunère désormais l'investissement crée les conditions d'une demande soutenue. La question ouverte concerne l'offre. Les capacités européennes de production et de réactivation du charbon actif sont limitées, et une part significative de la matière première est aujourd'hui importée. Pour le tissu industriel italien — qui compte des spécialistes du traitement de l'eau reconnus à l'international, comme l'ont montré les récentes opérations transfrontalières impliquant des entreprises du secteur — la phase qui s'ouvre offre des espaces concrets : ingénierie des installations d'adsorption, gestion des médias filtrants, logistique de la réactivation, suivi analytique. Ce sont des segments techniques, peu visibles, mais c'est précisément là que la dépense réglementaire se dépose. L'expérience d'autres marchés créés par la réglementation suggère que les meilleures marges se trouvent rarement dans le génie civil : elles se logent dans les goulets d'étranglement de la filière.

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